Une parole, éblouie,
dont on ne tombera
plus jamais,
une parole, drue,
chargée de ciel,
de ciel et d'émoi.
Une parole que l'on brandit,
à bout de bras,
à bout de forces,
pour traverser la nuit.
Sais-tu la caresse du poème,
le soleil embusqué dans les mots,
l'attente de l'autre versant ?
Il aura fallu franchir
les hautes terres du verbe,
être à la fois l'oiseau et son chant,
le jour et la grâce du jour.
Il aura fallu le déploiement du blanc,
l'ondulation de l'encre,
une mémoire ligneuse.
Chaque pierre m'est parole.
Chaque pierre garde trace.
Et toi, de croître dans l'apparente immobilité.
Dans les archives lapidaires
bruissent les veines des mots.
Viens jusqu'au coeur assidu,
viens,
car il faut tout refaire.
Par Brigitte Broc
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Nous marchions en de vastes forêts.
L'air, vibrant et doux, crissait sous nos dents et dans nos bouches gourmandes installait sa demeure.
Tapi sous les frondaisons, l'été ronronnait. A sa ceinture, quelques javelles, et un caillou, pour la soif.
Sans doute de frêles aurores nous avaient-elles précédés, abandonnant, ici et là, un soupçon d'origan.
L'écriture naissait à chacun de nos pas, soulevant la croûte de sel.
Prestance des signes aux contours affermis. Le blé a levé qui a désappris l'ivraie.
Aux meules du soleil s'affinait la pâte odorante des mots.
Il faisait clair dans chaque tige, dans chaque syllabe.
Le vantail de la nuit avait enfin cédé,libérant flûtes et cymbales.
Combien de margelles avait-elle usées, cette eau arrogante qui venait on ne savait d'où, déployant ses tessons dans le creux de nos paumes, nous forçant à la lenteur et à l'humilité ?
Jusque dans la moindre brindille se hissait la force nue.
Et l'oiseau tournait, tout là-haut, au mitan de la page.
Allions-nous lui confier nos initiales sylvestres, l'âpreté de nos mains convalescentes ?
Enjôleuse, une voix nous incitait à plus de sollicitude : " Ne jamais oublier l'ample séjour du vent, là où se font et se défont les trombes claires du sang. "
Et nous, de repriser, sous l'oeil attentif des fougères, les ailes délabrées, les paroles vétustes et de rendre au matin sa partition immaculée.
C'est ainsi que nous devrions, dans la fraîche ordonnance du tilleul, donner la parole à l'autre : à la colline qui s'impatiente, à l'arbre qui passe...au ciel qui peut s'indifférer.
Nous marchions en de vastes forêts, ébréchant, à chacun de nos pas, un peu plus de silence.
Par Brigitte Broc
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Le vent au fond des yeux
promet des heures claires.
Et je veux me marier
à la voix rocailleuse
de ces jours égarés
dans le pli des feuillages.
Serré tout contre moi,
l'air me fait don
des odeurs en crue du poème.
Offrande sans âge.
Nous sommes le lieu
où s'attendrissent les seuils,
où vient boire la louve.
Nous sommes le lieu de l'attente,
le désir pèse sur nos branches.
Mots, dites-nous où finit le paysage,
ce qu'il faut savoir quitter
pour que la mer coule entre nos hanches.
Par Brigitte Broc
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A l'angle de la nuit
il est une porte.
Nuit déferlante,
porte chargée de siècles.
La nuit qui nous aimait
nous rend les ombres,
la semence des mots,
l'inaltérable présence.
Et la bête s'en va.
Où les cris ?
Où les fiançailles ?
La nuit est à vif,
la question
posée sur le rebord du monde.
Réponse blanche,
et ce chant
qui s'étire vers le haut.
Attisant la patience.
Vois la porte.
Là-bas, l'été.
Par Brigitte Broc
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Il est tôt maintenant,
la page n'a pas encore été écrite.
Les virgules, la marge
dansent dans l'air,
bourgeons incandescents.
Les mots, insalubres,
n'ont pas trouvé le souffle.
Y aura-t-il une parole,
une seule,
capable de trouer la paroi ?
Break the waves
Ce grand corps
que je sens, parfois,
se coucher contre moi,
est-il langage, souffrance
ou feuillage ?
Ses contours effacent
tout le reste,
ciel et chemin.
Break the waves
Ciel et chemin, confondus.
Je me tiens au début.
Saurai-je habiter le sang
qu'on m'a prêté,
faire miennes
cette chair qui s'étonne,
cette clarté qui me précède ?
Saurai-je tressaillir
et ne rien prendre ?
Break the waves
Je vivrai n'importe où,
dans mon corps,
dans un autre,
pourvu que je sois femme.
Le jardin, et les mots,
la pluie,
j'en accoucherai
chaque jour.
L'amour sera ma vérité.
Par Brigitte Broc
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