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  • : Fileuse de lune
  • Fileuse de lune
  • : Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
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Pensées d'auteurs

Sera comblé celui pour qui l'espace ne sera pas dehors. Guillevic

Ton devoir réel est de sauver ton rêve. Amadéo Modigliani

J'en appelle à la beauté qui sera front d'espoir. Abdellatif Laabi

Lorsque je suis le plus profondément moi-même, je rejoins une communauté oubliée. Eugène Ionesco

L'histoire de notre vie fut aussi ce murmure furieux qu'on oublie à la croisée de l'arbre et du fleuve. Luis Mizon

L'innocence est plus forte que le mal. (?)

Je mangerai la terre et les racines, j'avancerai sur le ventre, lombric humain. J'ai une telle faim des éléments du simple. Daniel Biga

On ne naît pas homme, on le devient. Erasme

Pour maintenir à bout de bras cette contrée de nuit où le chemin se perd, à bout de forces, une parole nue. Jacques Dupin

Quel que soit ce que vous devez faire ou rêvez de faire, commencez-le... L'audace contient du génie, du pouvoir et de la magie. Goethe

J'ai voulu sortir pour voir ce qu'étaient devenus l'air et le ciel dès l'instant où un poète avait nommé un autre poète. Boris Pasternak à propos de Marina Tsvetäeva

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 10:09

Nous étions trois,

sous le porche,

à sucer les mots tiédis de la mère.

 

Elle avait interdit au ruisseau

d'aller faire peau neuve

dans la maison.

Pour garder bien au sec -disait-elle-

nos rires, les miroirs et le grand cahier vert.

 

Dès que midi sonnait,

on dépliait les chemins.

Quelques éclats de voix,

juchés dans le pommier,

cherchaient à tâtons

les vieux nids,

la main calleuse du père.

 

Les fenêtres invitaient le soleil

à la danse du poème.

Hostie sous la langue,

les mots fondaient,

déambulaient dans nos veines,

jusque sous l'écorce du ciel.

 

L'été glissait,

s'abreuvant aux mamelles de vent.

 

La maison, accroupie sur la page,

sentait le cassis, l'encre violette et la cire d'abeilles.

De ses doigts, légers,

elle époussetait ses rides,

caressait le duvet de l'ange,

pianotait sur l'étang.

 

La maison, parfois,

appareillait pour d'autres visages,

mais toujours revenait.

 

Le père, alors, allumait un grand feu.

La mère en profitait pour faire la lessive,

repeindre les murs,

trouver un nom au dernier né des ormes.

 

Puis elle s'asseyait,

entre vague et aubier,

pour que tout le bleu advienne.

 

Nous étions trois,

sous le porche,

à sucer les mots tiédis de la mère.

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 13:32

Lèvres entrouvertes

 

Un jour s'avance

comme un jardin

qui ne veut pas finir

 

Obole de mars,

les mains de la pluie

échafaudent des alcôves,

font danser les graines éparpillées

 

Nous entrons dans chaque goutte

pour devenir immenses

 

Le jour et l'eau sont notre corps

 

Il y a l'envol des arbres

les semailles d'orages

la musique des pierres

 

Il y a la joie de la rivière

plus verte que le mot herbe

 

Il a suffi d'ouvrir l'aube

de déchiffrer les sèves

pour y poser notre demeure

 

Lèvres entrouvertes

 

Un jour s'avance

 

ou bien une femme ?

 

 

 

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Published by Brigitte Broc
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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 12:07

Le jeudi 21 mars à 18h au musée Bonnard, 16 Boulevard Sadi Carnot, Le Cannet : récital harpe avec Barbara-Jane et poésie avec moi-même. Entrée libre

 

Le dimanche 24 mars à 15h au jardin Gottlob de Mougins avec l'association "Les Mots d'Azur" présidée par Pierre-Jean Blazy : poésie avec Claude Artès et moi-même, danse avec les élèves de l'Ecole Supérieure de Danse de Cannes Rosella Hightower sous la direction de Joëlle Donatti, harpe avec Megan Metheney- Lauzet de l'Académie Internationale de Musique de Cabris, flûte et violon avec Béatrice Guiffray, professeur au Conservatoire de Musique de Mougins. Entrée libre

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 11:52

Ne cède pas,

mon en-allée,

à l'obscurité rôdeuse

qui veut tout avaler,

 

ne cède pas

la neige frileuse

de tes versants.

 

La rumeur des pierres

t'invite à rebâtir une maison

pour poser ta fatigue

et préparer l'offrande.

 

Lentement,

tes gestes se dénouent,

réapprennent l'envol,

remodèlent l'indicible.

 

Complice,

la pluie témoigne

de l'opiniâtreté de tes eaux,

et j'y baigne mes mots,

et j'y baigne mon sang.

 

Saurai-je me glisser à temps

sous la nuit immobile,

sous la nuit messagère,

faire mienne sa patience

pour mieux t'approcher ?

 

Toucher d'hirondelles,

haleine mouillée des verveines,

 

quelque chose s'envole

qui blessait l'horizon.

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 09:36

Un remblai de feuilles

au bas de la page.

 

En son milieu,

une table dressée

à hauteur des blés mûrs.

 

Surprenante attention :

sous la nappe immaculée,

des chemins de traverse

conduisent au verger,

de grandes pluies narratives

posent des phrases juteuses

entre chaque couvert.

 

La cuisine est baroque

à l'ombre des glycines.

 

L'encre féconde nage,

imperturbable,

et gagne marges et rives

les plus reculées.

 

L'écriture, lente amie,

marie les vins capiteux

et les premiers narcisses

 

tandis que

 

l'haleine mouillée des vocables

témoigne de mes terres gorgées d'eau,

de mes mains hauturières.

 

S'approchant doucement,

on peut devenir

la piste souveraine

d'un banc de truites bleues.

 

Sur chaque écaille

brille un mot inconnu.

 

Lexique salé rendu

à ma voix hésitante, 

qui glisse, chaud et dru,

dans le corps du poème.

 

J'écris cette femme

d'eau et de sable,

de vent et d'argile,

qui précède les mots,

qui précède la mer.

 

Je t'écris.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 12:58

Dans la chambre d’automne

s’amoncèle la grisaille.

 

Les fruits rouillés

de l’insomnie

ont laissé dans nos gorges

épines et décombres.

 

Toujours le même sang,

le même amour

hantent ces draps.

 

Au creux du corps

grince l’absence

avec le vent du nord.

 

Rideaux de givre,

dans vos voiles empesés

s’est échoué le ciel.

 

Où sont les terres habitées,

les couleurs

et la joie des couleurs ?

 

J’ai faim de cette vie

qui se déroule ailleurs.

J’ai faim de lampes allumées,

de la douceur des paumes,

de la chaleur insensée du regard.

 

Où êtes-vous

pendant que je franchis la page,

pendant que j’ébrèche la nuit ?

 

Où êtes-vous,

si loin,

toujours ?

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 17:14

Saison inconnue.

 

La tache claire du ciel

cueilli après la pluie,

la passementerie des mousses

où rôde la chair comblée.

 

Brûle la résine

dans les grottes amères,

la nuit écartelée

glisse sur les lèvres.

 

On dirait un regard

qui allume la neige,

gîte sous les ailes

et voit ce qui s'est tu.

 

La pomme, déjà, palpite

dans les plis sombres de l'écorce.

 

Je sais que tu m'attends.

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 18:59

Au passage du sang,

les lointains exultent, limpides.

 

Le bois bourgeonne de désir,

le vert des paupières éclabousse un soleil.

 

A peine un antre,

pas même un gîte.

 

Mais là

se repose l'espace,

sans blessure.

 

On patauge

dans la moire des feuillages,

 

on écorche sa faim

au tronc de l'amandier,

 

on croît avec la lune

 

et on convoque les peupleraies,

 

celles qui soignent les flétrissures.

 

Dire l'ébauche d'un crépuscule,

le froissé des membranes,

l'oeuf et son toucher solaire,

le tendre des nervures

à nos mains jouvencelles.

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 12:16

Au fond des terriers

l'ombre exige

une toison à frôler,

une chaleur à investir.

 

On essaie d'écouter

jusqu'au bout

le frisson.

 

Est-il possible

d'enclore un tremblement,

une boucle de laine,

le regard de la biche ?

 

En cette traversée

de fougères clandestines,

les peaux attisent leurs pétales,

nivèlent cicatrices et plaies.

 

Lorsque s'amorce l'envolée,

se dénouent les lierres.

 

Le liséré tiède des syllabes

incurve les ventres.

 

L'ivresse embrase le verger.

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 13:24

S'enfoncer dans l'écorce

 

Traverser les champs d'écriture

en automne

quand la rousseur des consonnes

les rend enfin lisibles

 

S'abreuver

aux mêmes fontaines que le ciel,

aux rivières écloses

au revers des jacinthes.

 

Toi aussi

tu intimides la forêt et ses nefs

 

Comment imaginer

que, sans bruit,

s'estompent les clairières,

la chair âpre de leurs mots

avant le premier gel ?

 

Brume à brume

se défont les sentiers

 

Film en noir et blanc

un merle ratisse une neige.

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