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  • : Fileuse de lune
  • Fileuse de lune
  • : Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
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Pensées d'auteurs

Sera comblé celui pour qui l'espace ne sera pas dehors. Guillevic

Ton devoir réel est de sauver ton rêve. Amadéo Modigliani

J'en appelle à la beauté qui sera front d'espoir. Abdellatif Laabi

Lorsque je suis le plus profondément moi-même, je rejoins une communauté oubliée. Eugène Ionesco

L'histoire de notre vie fut aussi ce murmure furieux qu'on oublie à la croisée de l'arbre et du fleuve. Luis Mizon

L'innocence est plus forte que le mal. (?)

Je mangerai la terre et les racines, j'avancerai sur le ventre, lombric humain. J'ai une telle faim des éléments du simple. Daniel Biga

On ne naît pas homme, on le devient. Erasme

Pour maintenir à bout de bras cette contrée de nuit où le chemin se perd, à bout de forces, une parole nue. Jacques Dupin

Quel que soit ce que vous devez faire ou rêvez de faire, commencez-le... L'audace contient du génie, du pouvoir et de la magie. Goethe

J'ai voulu sortir pour voir ce qu'étaient devenus l'air et le ciel dès l'instant où un poète avait nommé un autre poète. Boris Pasternak à propos de Marina Tsvetäeva

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 15:43

Dans le galet meurtri de soleil
s'impatiente la houle.

Flux et reflux de mémoire
sillonnent l'instant.

Délivrée du fardeau
de la connaissance,
la vague berce le ciel
et la mère blessée
lèche ses aisselles salées,
s'évade de ses rives confinées.

Lentement
elle soulève le fond du fleuve,
dépouille son silence.

 

Tout commence à ce geste

qui vient de plus loin

que le temps.

 

Tout commence.

 

L'aube est en crue.

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Published by Brigitte Broc
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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 17:15

Tu marcheras
jusqu'au bout de la page.

Entre tes orteils
quelques mots oubliés
ressurgiront
pâles, à peine mouillés.

Après avoir franchi
des oasis, des oseraies,
l'herbe et le sable
te donneront
le chiffre de l'eau.

Calligraphie mouvante
aux lettres caduques,
signes laminés
par le sel et ta sueur.

Baigne ton visage
dans ce boueux limon
pour ôter, à jamais,
l'aridité de ton regard.

Ne crains
ni l'incandescence,
ni la violence du verbe.

 

Femme,

plus belle que le désir,

tu t'agenouilleras

et écouteras se dévêtir

les paroles les plus anciennes.

 

Tu poseras alors tes peurs,
ton collier de poussière
sur la table de nuit,
et tu pourras aller, venir,
aller et écrire
jusqu'au bout de la vie.

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Published by Brigitte Broc
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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 22:31
Tu me vois passer,
sous de mystérieuses fenêtres,
le front mouillé d'étoiles.

Un beau geste de feu
enfle et s'épaissit,
et la voix est ardente
sur la pierre de nuit.

Maîtresse des lointains,
de leurs parois de verre,
je suis antre ligneuse,
ventre bombé
où s'abîme le cri.

Haute flamme rouge
qui sent l'épicéa,
je m'accouple à l'espace
et nos bouches sagaces
déchiffrent le couchant.

J'écarte l'inanimé,
les puits de douleur
où, parfois, s'enterre le jour,
m'agrippe aux francs cordages
de la maison d'été.

Maison moussue
qui marche, pieds nus,
sous des tilleuls trop grands
et s'attarde, ingénue,
entre roselières et buttes de mots.

Maison frottée de soleil
où l'enfance , sans cesse,
commence parmi les dunes,
s'accroît d'insouciance,
s'éclaire à la lampe des fenils.

Tu me vois passer,
de longs siècles ont coulé.

Sous les ronces,
la démesure du sang,
le lait, généreux et tenace.
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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 15:23

Comment se pencher
sur la fragilité de ton eau,
sur tes terres
à présent déshabillées ?

Martèlement de ton sang
à mes tempes,
crue de tes mots
si longtemps retenus.

Est nécessaire
la patience de l'arbre
qui pousse, seul,
dans la maison ouverte,
accueillant dans ses branches
tous les oiseaux perdus.

 

Tu marches sous d'amples frondaisons,

reliée au coeur des blés verts,

délivrée de l'enracinement.

 

Tu suis la piste de santal

qui mène à la Rencontre.

 

Condamnée, vivante,

à mâcher nuit et jour du silence,

tu avances, désormais,
une parole devant l'autre
et le chemin exulte !

Tes gestes d'été
ont depuis longtemps
rompu le pain amer
sur les autels nocturnes,
proférant sources et sèves solaires.

Souffle imperceptible,
suavité de l'encens,
les pierres, mises à nu,
prennent feu du Mystère.

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 14:53

Te voici, à nouveau,
lissant la joue des prés,
un fleuve à la main,
de frêles paroles
autour du cou.

Tu sais lire les vergers,
pousser avec les fruits.

Entre tes doigts,
les pulsations du ciel.

Pour pleinement habiter le jour,
tu t'écartes des ronces
et tes bras sont halliers
qui accueillent la danse des abeilles,
ses blancheurs.

 

Tous tes villages

préservent les voix fragiles,
la fatigue du vent,
les gestes égarés.

Tu te saoûles de mûres,
de syllabes arrachées
aux buissons,
et quand tu es repu,
tu t'assois dans les avoines,
écoutant les pas du ciel
sous la pluie.

Tu te laisses toucher
par toutes ces fraîcheurs,
par ce chemin d'osier
qui bouge sous ta peau.

Et c'est la longue marche
des treilles vers la vigne,
du mauve vers le lilas.

A chaque battement,
le coeur délivre
un plein charroi
de jeunes odeurs,
vertes et vigoureuses.

 

Effusion de gerbes d'eau,

d'iris bleus.

Tu avances,
le ciel sur les talons,
vers ce qui t'appelle,
t'illumine.

Tu avances
vers de plus vastes jours.

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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 17:23

À la lisière du silence

la maison largue les amarres.

Lente, placide,

l’allée désagrège

ses derniers pas.

 

Visages d’hier,

immergés dans les glycines,

captifs d’étoiles

qui roulent sous le toit,

visages d’hier,

sans hâte,

désempierrent l’attente.

 

Goût de pomme,

odeur vertigineuse

du buis sous la pluie.

 

Les murs s’allègent,

ne se voûtent plus sous la nuit.

 

Dans les pièces

le feu a déposé sa sève,

tiré le grand drap rouge

du secret.

 

Tout est debout,

allègre, inachevé.

 

Le ciel vient battre

sur les tuiles,

il monte, il descend,

et façonne mes rives.

 

Plus tard, je lance des caresses

que l’orage accepte.


Il s’attarde, il se renforce

au plus profond de mon ventre,

déchiffre mes fragments,

et me rend,

douloureuse, solidaire,

à la lame bleue de la terre.

 

Vocation primordiale

du mouvement :

dans le fleuve de si longue mémoire,

s’ouvrent les volets,

appareille le seuil,

et les mots qui se taisaient

réapprennent le voyage.

 

Tout s’impatiente,

s’emporte.

 

Sur la houle empourprée

veillent l’espace

et l’abri solide

de mes mains.

 

Je dessine un bond,

des chapiteaux lointains,

une blancheur,

et dans cette blancheur

habite l’imprévisible.

 

On nage, on s’éprend de solitudes,

l’histoire, sans fin,

rassemble ses coquillages.

 

Parfois, on s’éteint, au loin,

mais un autre regard éclôt

qui déborde et respire.

 

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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 17:50
Une parole, éblouie,
dont on ne tombera
plus jamais,
une parole, drue,
chargée de ciel,
de ciel et d'émoi.

Une parole que l'on brandit,
à bout de bras,
à bout de forces,
pour traverser la nuit.

Sais-tu la caresse du poème,
le soleil embusqué dans les mots,
l'attente de l'autre versant ?

Il aura fallu franchir
les hautes terres du verbe,
être à la fois l'oiseau et son chant,
le jour et la grâce du jour.

Il aura fallu le déploiement du blanc,
l'ondulation de l'encre,
une mémoire ligneuse.

Chaque pierre m'est parole.
Chaque pierre garde trace.

Et toi, de croître dans l'apparente immobilité.

Dans les archives lapidaires
bruissent les veines des mots.

Viens jusqu'au coeur assidu,
viens,
car il faut tout refaire.
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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 22:46

Nous marchions en de vastes forêts.

L'air, vibrant et doux, crissait sous nos dents et dans nos bouches gourmandes installait sa demeure.
Tapi sous les frondaisons, l'été ronronnait. A sa ceinture, quelques javelles, et un caillou, pour la soif.

Sans doute de frêles aurores nous avaient-elles précédés, abandonnant, ici et là, un soupçon d'origan.
L'écriture naissait à chacun de nos pas, soulevant la croûte de sel.

Prestance des signes aux contours affermis. Le blé a levé qui a désappris l'ivraie.
Aux meules du soleil s'affinait la pâte odorante des mots.

Il faisait clair dans chaque tige, dans chaque syllabe.

Le vantail de la nuit avait enfin cédé,libérant flûtes et cymbales.

Combien de margelles avait-elle usées, cette eau arrogante qui venait on ne savait d'où, déployant ses tessons dans le creux de nos paumes, nous forçant à la lenteur et à l'humilité ?
Jusque dans la moindre brindille se hissait la force nue.

Et l'oiseau tournait, tout là-haut, au mitan de la page.

Allions-nous lui confier nos initiales sylvestres, l'âpreté de nos mains convalescentes ?

Enjôleuse, une voix nous incitait à plus de sollicitude : " Ne jamais oublier l'ample séjour du vent, là où se font et se défont les trombes claires du sang. "

 

Et nous, de repriser, sous l'oeil attentif des fougères, les ailes délabrées, les paroles vétustes et de rendre au matin sa partition immaculée.

 

C'est ainsi que nous devrions, dans la fraîche ordonnance du tilleul, donner la parole à l'autre : à la colline qui s'impatiente, à l'arbre qui passe...au ciel qui peut s'indifférer.

Nous marchions en de vastes forêts, ébréchant, à chacun de nos pas, un peu plus de silence.

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 19:53
Le vent au fond des yeux
promet des heures claires.

Et je veux me marier
à la voix rocailleuse
de ces jours égarés
dans le pli des feuillages.

Serré tout contre moi,
l'air me fait don
des odeurs en crue du poème.

Offrande sans âge.

Nous sommes le lieu
où s'attendrissent les seuils,
où vient boire la louve.

Nous sommes le lieu de l'attente,
le désir pèse sur nos branches.

Mots, dites-nous où finit le paysage,
ce qu'il faut savoir quitter
pour que la mer coule entre nos hanches.
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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 20:17
A l'angle de la nuit
il est une porte.

Nuit déferlante,
porte chargée de siècles.

La nuit qui nous aimait
nous rend les ombres,
la semence des mots,
l'inaltérable présence.

Et la bête s'en va.

Où les cris ?
Où les fiançailles ?

La nuit est à vif,
la question
posée sur le rebord du monde.

Réponse blanche,
et ce chant
qui s'étire vers le haut.

Attisant la patience.

Vois la porte.

Là-bas, l'été.
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