Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Si près de dormir,
avec, sous la paupière,
le ventre gris
de l'hirondelle
Si près de revenir
de l'origine
pour réciter
des psaumes de rochers
Tu regardes
ce qui musarde
ce qui louvoie
Tu ne crois pas
tu guettes
Tu n'attends pas
tu sais
Que le jour est une parole,
qu'après les griffures de l'ombre
viennent l'aubaine des feuilles,
la liberté du fruit
Et quand la nuit
change de rive,
tu déplies la carte
du Vieux Pays,
te glisses dans le fenil
d'âge nu
Aux blés
depuis longtemps mûris
tu accroches ta mue
et ton corps est le seuil
des épis nouveaux-nés,
de l'éclaircie qui va l'amble
et dénoue ses torpeurs
Le ciel pourra venir,
évasif et docile,
et la mer accoster
sur tes lèvres,
toi seul ruisselleras
comme l'ardeur première