Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Des semaines dans ce coin de terreavec la forêt pour tout bagage A mes côtés, le loup pétri de silencerepousse la nuit Virginité de l'instantde mes lèvres mouillées de ciel Les mains du ventsculptent mon chantet le chemin entonne des joies de bleuetsde...
Il faudrait pouvoir écarter les ongles, les becs, les griffes, entrer dans le vrai, la plume, le pelage, l'humus. Se perdre dans la complicité, augmenter d'une étamine les parterres violacés. On croit découper des étoiles de papier, les coller dans des...
Si tu passes par cette page,ce sera pour couvrir le silence de nénuphars et de bambous, ou pour poser ton rire en touches claires sur les reflets, non pour épépiner les mots. Les galets sortiront de leurs tiroirs, le saule quittera son armoire, le ciel...
Que sommes-nous ? Qu'avons-nous été ? Vers l'autre qui s'avance, qu'on ne reconnaît pas, tendrons-nous la main ou plutôt vers ce vent qui coule et emporte nos pas ? A force de rouler dans le fleuve, de mêler son souffle aux eaux du delta, on en est arrivés...
Elle sortira de la mer Très nue. Les dormeurs auront glissé Le néant Sous leurs têtes. La fraîcheur de la gamme Eclaboussera le banc de sable, Deux ou trois hémisphères. Elle jouera à saute-violons, Eduquera le flux. Entre sang et peau Elle invitera l'angélus,...
Les mots, couronnés de lait et de vin, les mots, tapis dans la moiteur des langues, ont-ils jamais connu la soif ? Si je dis sable, une rivière s'émiette. J'apprends alors à marcher à pas lents, à fredonner joncs et rizière. Si je dis femme, une barque...
Quand reviendra-t-il le sauvage, le premier, loger sous ma peau ? Quand passera-t-il mon sang pour boire avec moi le vin coupé de lune ? Nous avons franchi tant de nuits, ouvert tant de regards. Sous une autre parole les visages se sont ajustés, les races...
Reste au fond de moi là où personne ne peut te trouver. Dans les vastes pièces que je cède aux oiseaux des tilleuls ont poussé. Tu peux y poser le nid de ta parole, attendre son envol. La glaise a crié d'où tu as extirpé des champs et des ruisseaux. Porte-les...
Pattes d'oiseau sur le devant du coeur. Dans l'abri de l'oreille froissement de ses mots jalousement gardés. Quelques mots. L'amant est loin, aussi loin que le lieu où je le rencontrai, aussi loin que sa voix. J'attends son regard pour me propulser du...
On marche dans le ciel. Entends-tu les myosotis qui s'entrechoquent et toute cette lumière qui neige sur nos nuques ? Au milieu du tapage de tièdes naseaux palpitent. Flancs puissants moulés dans la nuit, chevelure ébouriffée de lunes, il bouscule les...
Pose l'été entre la menthe et ma peau j'ai seulement besoin d'incliner ma chair un peu plus sur le vert Quel espace offrent les lèvres du lierre après avoir longé feuille à feuille les jeunes pierres qu'aiguisent les aveux ? Elle n'est pas loin la demeure...
Un jour entier entre les lignes, transmettre la blancheur, s'ébrouer dans les signes. De l'éclair au point, des éboulis à la virgule, tout un pays transporte sa patience, ses noms, l'arête bleue de son architecture. Terre pacifiée où j'ose raturer les...
J'oublie que mon corps est une île. Nos mains se cherchent, tes terres me rejoignent. Accostée par le ciel, je ne garde rien, qu'un peu de bleu tassé sous les ongles car la neige va venir. Il faudra que tu écoutes puisqu'au même moment désir et accomplissement...
On vivait dans cette déchirure, le coeur bruissant et les yeux grands ouverts. Il n'y avait ni lune, ni soleil, juste un enfant aux mille doigts d'écume. Les mots se hâtaient vers une bouche à nourrir. On cherchait l'autre saison, celle qui héberge le...
Espérer, encore Espérer, malgré S'emparer de la lumière comme d'un gouvernail et appareiller pour l'autre Nous avons tellement besoin d'une grande fenêtre, de mots évasés, de gestes scintillants Quand la ronde s'allume, nous sommes tous là, à éparpiller...
Vertiges éclaboussures traversées J'habite ces parages de peu de densité où l'éclair d'un regard chavire l'horizon Membranes soulevées sur le dos des fleuves s'éparpillent en rémiges en consonnes brunes et vigoureuses Se déversent les langues dans une...
Toute une nuit, le ciel avait trimbalé ses étoiles, fait cliqueter miroirs et poulies. De cet autre côté, on avait ouvert les persiennes, dépoussiéré les sentes. Les mains, rebelles, insistaient, brisaient sur la pierre les restes de noir. Les statues...
Terre charnue, chambre immense. Sur l'esplanade des peaux Le vent tournoie, L'amour est aux aguets. On court Parmi les digitales. On court, A perdre haleine, Jusqu'à l'autre coeur. Les frissons dessinent Un loup, Appellent les vers luisants Du sacre....
A l'instant où je le vis, j'étais en train de finir mon café. Je me levai, laissant dans le fond de la tasse mon existence d'avant. Je le suivis sur le trottoir d'en face. Nos gestes, qui se taisaient, soulevaient des pans entiers de ciel. Je sus les...
De l'autre côté un enfant dit "je t'aime" au matin qui poudroie. Roulent quelques agathes dans le matin si frais. C'est toujours la même chose quand on marche à reculons. Le Monde se penche sur nous, nous octroie l'embrasure. Juste au centre, au centre...
Elle a pris goût à l'horizon. Elle ne veut plus mordre la poussière, tenir les mots en laisse. Toutes ces nuits de braconne, ces pauvres années, ce désert sans cesse à traverser. Pour qui ? Pour quoi ? La mémoire fait le guet qui choisit des lieux de...
Mots d'avant l'orage. Toucher de mousses et de pollen. Un amour s'avance dont elle connaît le rire, passage vers avril. Blancheur des sèves, de la bouche qui prépare le fruit. Elle se souvient du piano sur la plage, du vol des hirondelles, des bulles...
Toi, l'arpenteur de mes terres, tu es venu de si loin, t'es accroupi en face de moi, de l'autre côté du feu La nuit a cédé Le temps est allé se poser dans un coin Pillé par des regards d'acier mon visage s'éteignait Crevassé de solitude, meurtri d'attente,...
On ira ensemble vers les nuages les réponses et les ultimes forteresses On écoutera les graines germer à nos aisselles la barge remonter l'enfance Quand les paroles trop rouges auront dégagé un chemin dans nos poitrines nues nous pourrons gravir intempéries...
Entre l'étang et ton regard j'ai bâti ma maison. Présence, à ciel ouvert, le jardin est cette eau où tremble ton visage. Tu dis : "ovale, mousse, repos". Tu sais l'effort immense de la porte qui clôt. Toi, la ligne boisée de ton dos, moi, voyageuse arrêtée...