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Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour

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Mon père

Mon père parle.

A petits mots, frottés de ciel,
il trace la route
qui conduit aux ancêtres.

L'escortent ses mains,
vieilles et noueuses.

Elles défrichent,
ouvrent des brèches
dans le mur du temps.

Là, derrière ces façades,
il y a des gestes pauvres,
la sueur quotidienne,
le pain rare.

Là-bas, au détour d'un labour,
des ongles pleins de terre,
un dos qui n'en peut plus
et se voûte encore
sous le poids du soleil.

Il avance,
déterre un rire d'enfant,
le pas lourd d'un cheval,
des sabots pleins de paille.

Mon père parle.

Il prend les peurs,
les joies, les espoirs,
les pose sur la table,
entre le verre et l'assiette fleurie.

Mon père parle.

Le silence se tait.
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P
Certains qui se disent poètes croient que l’essence du poème demeure dans le lointain, l’inaccessible et l’éthéré. Qu’il faut que la richesse jaillisse, à profusion, que la beauté alors poindra, immanquable et généreuse, froufroutante dans sa parure et rapportant le chant même des dieux. Ils ont lassé beaucoup de lecteurs, ils ont perdu des âmes en nombre…<br />  <br /> Il est par chance de ces poèmes qui donnent à voir et à entendre, souverains en leur parole, et qui viennent s’offrir à tous, qui n’ont pas vocation de lettrés, mais désirent rencontrer le vrai, et reconnaître le juste, le bien senti, le percutant. Ce poème est de cette espèce, il ne donne que le suc, et pourtant il fait une ode. Et sa vérité fait éclat, serre les cœurs à chaque strophe, où un personnage s’incarne par de muettes attitudes, père de Brigitte si essentiel, fait de l’essence même de père, fort du temps qui fait son écorce, qu’on le croirait père de tous, paysans et hommes de mémoire, et jusqu’au bout de l’Afrique là où les ancêtres vivent sacrés, qu’aucun vivant jamais n’enterre, et dont la parole encore flotte comme une invisible mémoire.<br /> Oui, je crois ce poème rare, qui résume et rend manifeste à la fois le père sacral, qui savait son métier de père, autant que l’amour de la fille, fleur de mémoire et de regard. Et quiconque sait le silence doux, qui s’écarte devant la présence lorsqu’un être se montre vrai, reconnaîtra ici le phénomène. Quiconque aime l’écoute recueillie devant la sobre parole saura le goût de cette rencontre. Quiconque aime les gens dits de peu qui gardent leur richesse au cœur et l’emportent dans l’autre monde se réjouira aussi de l’écoute d’une fille à l’âme ouverte, butineuse de présence.<br />  <br /> Poème précieux sans pierreries, aussi vrai qu’un sarreau de grand-mère, dont l’âme se sent dans la trame, qu’une main que le temps fait trembler, qu’une chaise vide de Van Gogh, que le nœud du bois sur la table et que toutes les essences sans prix. Poème regard doux de mémoire, splendide levée de mémoire qui ouvre les cieux de l’âme et par où le temps fait bon signe et ramène les disparus tout en rassemblant les vivants.<br />  <br /> Et ce poème sans artifice, en son apparent dénuement, éclate de véracité et prouve certain pouvoir du verbe, évocateur, mage et sorcier secret.<br /> 12 août 2009
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B
En effet, Sedna, beaucoup d'amour...
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S
De l'amour posé entre souvenirs d'hier et présent d'aujourd'hui.. très belle dédicace pour le Père. SED
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B
Coucou, Ile. Merci de ton passage. Bisous.
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B
Coucou, Ile. Merci de ton passage. Bisous.
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