Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Elle ne sait peut-être plus
d'où elle vient,
elle ne sait peut-être pas
qui l'habite,
mais,
immobile sur elle-même,
elle enferme la nuit,
contient le silence.
Au plus près de ses murs,
elle fait pousser une étoile.
Sa demeure abrite le chemin :
bêtes et sources.
Torchère brandie
du vide aux mains,
sa parole brûle les friches.
Elle ajuste sa peau
à l'horizon,
entame la première phrase.
Sous sa robe meurtrie,
le rouge du sable,
les ravines de la soif.
L'infini la contemple,
elle, si petite,
elle, démesurée,
et son sang oublié
recommence à couler.
Son chant court,
libre, venu de si loin.
Les épines quittent ses seins,
le ciel entre en elle
avec son grand charroi de pluies.
Signal de noces prochaines,
les dunes accourent,
laminant le soleil.
" J'aimerais tant... " dit-elle.
D'un bond,
elle franchit les ombres douloureuses,
avale le désert.