Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Brume sur le fleuve,
odeur lourde
des berges détrempées,
la page est blanche.
L'arbre silencieux
aime le corps de l'hiver,
tisonne les cendres du ciel.
Battement de paupières,
langueur de préhistoire,
toi et la neige
dans le matin.
Que dit le temps ?
Que dit la neige ?
Par l'aubier qui distille
ses joies de météores,
par ce recueil de mer
qui s'écrit à la source,
je retourne au silex de ta voix.
Lèvre à lèvre avec la lumière,
la page respire.
Au-delà de nos ruines
l'éphémère prend feu.
Parle bas.
Ecoute ce vent qui se lève
et te couche sur moi
comme une pluie d'été.
Ecoute.
C'est l'infini qui marche
sur la pointe des pieds.