Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Je sais l'heure
où la nuit éclate
ses fruits trop mûrs.
Sous la porte
qui mène au jardin d'infinitude
coulent nos mains.
Le chemin pleure
la perte des visages,
franchit ton seuil
pour allumer la source.
Passés les écueils des poussières
tapies sous nos langues,
la saveur ocre du silence
roule ses limons
entre les touffes de thym,
la sauge
et l'oeuf de mes hanches.
Biseautée
au tranchant de la faim,
ta bouche invente la rivière
et ses genoux lactés.
Faire un détour par la mer
et sa béance en feu,
y puiser l'eau du ciel
promise à tes yeux.
A l'heure où la nuit
éclate ses fruits trop mûrs,
fourmillent les lointains
en toute démesure.