Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Je tracerai
dans l'eau de tes yeux
des sentiers de printemps
bordés de tonnelles,
de loriots et de trèfles.
A l'heure
où naissent les ruisseaux,
j'effeuillerai le vent,
tisserai de grenat
ses murmures de perle.
Les étoiles tombées
au fond de tes prunelles
berceront le soir
de cils et de dentelles.
J'ouvrirai tes matins
sur des ciels de bruyère
où voguent des ormeaux
en habits d'aubépine.
Je ferai, de tes mots,
du sable avec la neige,
il pleuvra des comètes
jusque dans l'encrier.
Aimeras-tu
le souffle des marées
sur tes joues ?
Il est des quatrains
où on aime plonger
à fleur d'âme
pour se couvrir de clarté.
Quand je cueillerai tes mains
au bord du silence,
je serai à genoux
et en pleine lumière.