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Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour

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Dans l'eau de tes yeux

Je tracerai
dans l'eau de tes yeux
des sentiers de printemps
bordés de tonnelles,
de loriots et de trèfles.

A l'heure
où naissent les ruisseaux,
j'effeuillerai le vent,
tisserai de grenat
ses murmures de perle.

Les étoiles tombées
au fond de tes prunelles
berceront le soir
de cils et de dentelles.

 

J'ouvrirai tes matins

sur des ciels de bruyère

où voguent des ormeaux

en habits d'aubépine.

 

Je ferai, de tes mots,

du sable avec la neige,
il pleuvra des comètes
jusque dans l'encrier.

Aimeras-tu
le souffle des marées
sur tes joues ?

 

Il est des quatrains
où on aime plonger
à fleur d'âme
pour se couvrir de clarté.

Quand je cueillerai tes mains
au bord du silence,
je serai à genoux
et en pleine lumière.

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P
Je ne saurais l’affirmer, mais une chose me semble rare : qu’une femme choisisse l’arc de la poésie pour atteindre et cibler le monde. Plus rare encore chez les poétesses, cette inclination à la mystique amoureuse, sans qu’à aucun moment elle ne verse dans la liquéfaction de l’autre ou de soi-même… Non, Brigitte BROC est d’une autre trempe, elle refonde pour celui que son regard caresse en contemplation active, une géographie paysagère. Pourtant cela ne lui suffit guère. Alors elle en vient aux éléments, elle en appelle au cosmos. C’est qu’à l’amour qui la tient, ce géant qui s’enlace à elle, et l’emporte en visons, en songes ardents, et même en esprit de prière, il faut trouver au cœur du cosmos un répondant d’envergure. Comme si le sentiment qui la nourrissait en la fécondant se refusait à coller à la terre, comme si aussi quelque fragilité secrète le menaçait au sein même de sa perfection. <br /> Mais Brigitte a souvent un apaisement dernier : son écriture, toute tendue vers l’Infini qu’elle regarde, – tandis que Lui certainement la voit – au final encore se détend. Ainsi, de cet accord ultime entre le vœu et la réponse du monde, le poème peut se poser, le monde peut jouer silence : le sacré est advenu. Et la femme chevaleresque prête à tant de choses pour son penchant, invente un incroyable quatrain final, où tout ensemble, après avoir fait couler l’amour d’un bout à l’autre du poème, elle se laisse adouber en une pose mystique, alors qu’elle-même a tout offert, et s’est donnée sans compter pour que son amour inonde le ciel, qu’il surpasse l’épreuve du temps et se conjugue aux éléments. Ce qui en poésie médiévale incombait au chevalier.<br /> Enfin, une femme chevaleresque, une poétesse chevalier.<br /> 17 mai 2009
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S
Le thème est tellement ressassé qu'il faut, comme ici, des prouesses d'élégance et de délicatesse.j'ouvrirai tes matinssur des ciels de bruyèreoù voguent des ormeauxen habits d'aubépine.C'est passionnément beau et si fin ! Je craque !
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B
Merci, Sedna et Pascal, de votre passage. Je suis un peu en avance sur le printemps, mais qu'à cela ne tienne...!
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S
A fleur de peau, affleure votre printemps. Qu'il est bon de le respirer dans votre regard étoilé.
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D
Bonsoir, je te remercie de ton commentaire! Bis, Pascal.
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