Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
J'ai cherché,
au nord, au sud,
sous l'écorce du chêne,
sur les tréteaux du vent
J'ai lancé
à la face de la page
la parole infranchissable,
ses racines d'oraison
J'ai dressé
vers le ciel sans concession
mes mots ensanglantés,
j'ai ouvert les bras,
fermé les guillemets,
puis j'ai recouvert d'orages
la tiédeur du langage,
prié le désert pour qu'il passe
plus loin de ma peau
J'ai semé des paroles
tout au long du silence,
traversé le sommeil,
renversé les titans, les démons,
les tyrans
J'ai aimé l'arbre, là-bas,
sous la neige,
les récidives de l'aube,
les complots de la beauté
J'ai aimé