Ce qu’on peut aimer très souvent dans les poèmes de Brigitte Broc, c’est cette révélation du simple, qui pourtant se tient bien caché. Et à l’instar des grands poèmes, celui-ci a des relents de source.<br />
Un poète vrai est un sourcier. Son dire rénove le monde, son œil le dé-couvre en paix, en illumination, voire en férocité, en n’importe quel sentiment. Mais toujours il lève de sur ce monde opaque, le voile qui nous le diminue, et nous le rend lointain et dur, et nous exile de lui, alors même que nous y sommes.<br />
<br />
Une seule des phrases de ce poème, comme la plupart du temps chez Brigitte Broc, vaut par son invention révélatrice. Les images ici se dressent et respirent le don absolu, le sens et la joie du partage. Plus loin on se prépare au don. Là on annonce doucement un partage souverain, et renaît comme en un acte décisif une célébration communautaire. Ici tandis que la vie s’affirme par allègement cosmique, un accord quasi magique pointe et délivre les hommes de leur fausse ou lourde parole, de leurs mensonges qui s’évaporent à l’aune du soleil revenu.<br />
Bref, chacun de ces petits tableaux par lui-même nous conquiert, et se suffirait à lui-même. Mais un sens de costumière vient parachever tout cela, et le vêtement qui en sort joue d’une couleur bigarrée. On sent le velours de l’étoffe et on ne perçoit pas les coutures. On pourrait dire tout autant qu’un pont se jette entre les strophes, et le lecteur se fait marcheur et peut flâner tout à son gré, en cette unité déployée.<br />
7 mai 2009