Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Il faudrait pouvoir écarter
les ongles, les becs, les griffes,
entrer dans le vrai,
la plume, le pelage, l'humus.
Se perdre dans la complicité,
augmenter d'une étamine
les parterres violacés.
On croit découper des étoiles de papier,
les coller dans des cahiers trop grands.
Mais c'est encore nous sur la page vierge,
nos estuaires
nos ravines
nos rafales
nos galets mouillés
notre soif.
Si tu longes l'horizon,
n'oublie pas d'allumer
ses lampes et ses tisons.
Sais-tu qu'à l'orient
le jaune rejoint la myrrhe
et que seul un jardin,
quand il le veut,
peut rassurer le temps ?
Ce goût de framboise
et de menthe sauvage,
pense à l'affûter.
L'embrasure de la parole
n'est pas une prison.
Seuls défaillent
ceux qui ont oublié
le dit de la source
quand l'enfance
cisèle ses rondes de lin.
Ignorant le temps
l'olivier tourbillonne
accrochant à ses branches
des voûtes de soleil
où j'aime à sacrifier
l'obscur du silence.
Au seuil de nos voix
les ombres reculent.
Regarde : un souffle léger
vient d'embraser la pluie.