Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
On marche dans le ciel.
Entends-tu les myosotis
qui s'entrechoquent
et toute cette lumière
qui neige sur nos nuques ?
Au milieu du tapage
de tièdes naseaux palpitent.
Flancs puissants
moulés dans la nuit,
chevelure ébouriffée de lunes,
il bouscule les fleuves
et les rives, séduites,
deviennent pistes d'envol,
marges griffonnées
de sabots et de crins.
Il dort dans les grands roseaux
salés, habite les nuées,
l'écume et les secrets printaniers.
Cuir tanné
par les mains du couchant,
il avoue ses fastes, ses ors,
ses frasques et ses ailes
surtout
qui disent les lointains.
Nul ne peut l'empêcher d'être.
Entends-tu ce mot illisible
et la note bleue
qui vibre encore longtemps
quand le soir éteint ses oiseaux ?