Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Elle a pris goût à l'horizon.
Elle ne veut plus
mordre la poussière,
tenir les mots en laisse.
Toutes ces nuits de braconne,
ces pauvres années,
ce désert sans cesse à traverser.
Pour qui ? Pour quoi ?
La mémoire fait le guet
qui choisit des lieux de couleurs chaudes,
plante des amers sur ses rivages.
Le grand large des mots l'appelle.
Ces mots qui sillonnent,
réverbèrent et libèrent.
Ces mots de clairière,
de chair, d'absolu.
Trop longtemps exilée d'elle-même,
elle retraverse son visage,
reprend pied dans le poème.
Debout,
elle est debout et réconciliée,
profonde et recueillie.