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Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour

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Je te regarde

Je te regarde

Et, déjà, les eaux se retirent

Vaste sillon

Où la lumière

Etanche nos soifs.

 

Des couleurs du silence

S'échappe un fil de soie

Qui relie nos deux souffles

Au mauve de l'horizon.

Parcourues de sentiers

Et d'aurores

Mes terres se déploient

Blessant l'obscurité.

 

Absous jusques en nos ramures

Nos visages s'inclinent

Pour frôler l'invisible.

Tu moissonnes mon corps

Eclaboussé d'herbes

Et nos cris lapident la nuit.

 

Tu es venu

Pour dérouler mon chant

Le faire mûrir

Tout près de tes sanglots.

 

Tu es d'avant les mots

D'avant la mer.

 

Je te regarde

Et, déjà, ta voix prie dans la mienne

Plus forte que l'océan.

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P
Certains poèmes viennent au monde pour le frôler de leur chant, pour y vibrer de l’aile douce, pour faire jouer le grand souffle ou pour y soulever les eaux. Ils tiennent du miracle, ils ont le pouvoir guérisseur, la vocation réconfortante. C’est là un fil que je sens dans la poésie de Brigitte Broc, et que je remonte à loisir. Car chaque fois je vois un peu mieux ce souci naturel qui est sien de revenir vers le monde avec à pleines brassées, des songes doux et des métaphores, qu’elle roule par devant elle en un lyrisme sorcier. Et cette coulée de sentiments éclaire alors son visage, elle va en écrivant, un sourire immense sous le ciel. Et la ferveur alors danse, et l’on ne sait plus à la fin qui du poème ou de la femme se retrouve baigné de lumière, noyé de rire et puis de grâce. Mais c’est là une sensation passagère : car l’on sent bien au bout du compte que se refait dans la sphère de sa pensée cette unité inestimable du poème et du poète, de sa pensée et de sa vie, de l’homme et de sa vérité.<br /> Et ce qui ici emporte aussi mon âme, c’est encore ce don absolu, cette révérence au compagnon que l’on entoure d’un faisceau de prodiges, en désirant bien oublier que l’on est soi-même un prodige, un bienfaiteur, sorcier des mots. C’est que chez le profond mystique, dont je sens que Brigitte Broc a la trempe, l’autre en face fait plénitude, et source, et souffle et vie entière : cet autre qui nous ranime et sans lequel soi se tarit. Cet autre qu’on regarde en prodige, et qui donc le fait essentiel, inestimable et voluptueux, irremplaçable et somptueux.<br /> 27 mai 2009
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B
Je vais essayer, Colette, de faire "mûrir" mon chant. Merci d'être passée me faire un coucou, et merci aussi à gmc pour son texte qui fait écho au mien.<br />  
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C
Continue à faire "mûrir ton chant " ...pour notre plus grand plaisir
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G
EPICENTRE D'ORAGEVision de cathédrale sans ramureOù la lumière est solitaire murParoi de souffle à l'arôme fugaceQui cristallise filaments et tracesLueur d'une nuit au sommeil absentSanglot de joie du veilleur indigentLe chant s'ellipse en soupir de fraicheurLe regard coule au milieu des splendeursLa mer s'enivre de l'onde caresseL'aurore étreint d'un toucher de tendresse
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