Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Le vent du nord
Naseaux fumants
Encolure d'ébène
Le vent du nord
Lapidaire et tonitruant.
Sur la lande
Frottée de cinglantes
Poussières,
Il dévale et galope
Et sa croupe indocile
Ondoie parmi les herbes.
Etirée de toute sa blondeur
Sur ce grand corps de bête,
Une femme,
Saupoudrée de brume,
Ecarlate le jour.
Eblouissant,
Le sillon qu'elle trace,
De cuir et d'écume,
Dans l'air tremblé du soir.
Le sillon d'une parole
Dont elle seule
Sait couver les racines.
Et les reins de la femme,
Soudés aux reins de l'animal,
Rutilent et s'embrasent,
Ouvrant sur leur passage
L'horizon ébloui.
Pluie d'étoiles,
Hennissement rouge,
La parole, enfantée,
Libère sa foudre.
L'heure crie,
Pleine et lisse,
Et roule,
Baignée de sueur,
Dans les draps fins
Du ciel.
Crinière de miel,
Crinière d'ébène,
Flottent et se mêlent
Là
Où le ciel parle
A la terre.