Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
La vague, la brûlure,
La caresse, l'errance,
Tout ce ciel à nos bouches
Qui ouvre le grand large.
Contrée de chardons bleus,
D'épices et de sueur,
Où les souffles prodigues
Déposent sur le sable
Une mémoire lourde,
Des mots vivants.
Les femmes
Abandonnent leurs bras.
Au tiède de leurs hanches
S'enroulent les rythmes
Moites des tropiques.
Lancinant,
Le dialogue du ventre
Avec le feu
Quand le pays renaît
Pour d'autres découvertes.
Crue des corps,
Fluidité des croupes.
Sous les palmes
L'odeur rauque d'un ciel
Qui n'en finit pas de s'étendre,
D'une peau
Qui n'en finit pas de croître.
Pas de parole déchirée,
Pas de voile délabrée,
Pas de saison routinière,
Rien que des seins
Chauds et noirs,
Un espace desserré,
La rondeur amicale
D'un air sans coutures.
On rame
Dans les branches,
On écrit cassis,
Jeunes filles, oasis,
On veut rire
Et danser
Et les couleurs
Bavardent.
Au bout des voyelles,
Entre lèvres et cannelle,
C'est enfin la maison.