Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Elle sortira de la mer
Très nue.
Les dormeurs auront glissé
Le néant
Sous leurs têtes.
La fraîcheur de la gamme
Eclaboussera le banc de sable,
Deux ou trois hémisphères.
Elle jouera à saute-violons,
Eduquera le flux.
Entre sang et peau
Elle invitera l'angélus,
Relèvera les nasses.
Sur le point de se rompre,
Elle en appellera
Au vrai visage,
A ses forces de femme,
Plus tendres que jamais.
Ombre puis lumière
Silhouette puis chair habitée
Elle investira le blanc du sonnet,
Le bleu de l'adagio,
Puis débordera d'enfants.
Elle ira à la ligne
A chaque solstice,
Sucera les noyaux,
Plantera les pépins.
Loin de s'éteindre,
Les notes et les mots
Feront des claquettes.
Sous prétexte d'été,
Elle hébergera les voix apatrides,
Greffera le chêne au roseau.
Auréolée de ruches,
Portant sous le bras
Tout un essaim de fleurs,
Elle déferlera.