Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
L'heure fastueuse
Parmi les visages lisses
L'assemblée des grands ormes.
On attend
Que naisse un ciel
Juste après la dune.
On attend
Que se défasse le jour
Croqueur de pommes vertes.
L'heure lustrale
Où nous n'avons plus
Qu'une maison,
De calcaire et de limon,
Face au vent en crue
Et à la nuit du large.
Nos ventres salés
Nos épaules sereines
Nos ombres divisées,
Visitées, puis à nouveau
Réunies,
Nos questions
Notre nom
Nous les tenons enfouis
Sous une étoile
Qui, depuis longtemps,
S'est cachée dans la mer.
Attentifs, nous avançons
Entre les mottes étriquées
Les blés à l'agonie.
Nous entendons
Sourdre janvier
De la bouche craquelée
Des fontaines,
Et son haleine nous parle
De neiges apprivoisées.
A l'orient de nos corps
Déjà
S'apprête une nouvelle chair
Ebauche et présage
D'un printemps hauturier.
Fourbus,
Les gestes, les écorces
Et les voix,
Lentement, se dénouent.
Le vert, immanent,
Se fraie un passage
Jusqu'aux sources
Du sang.
Quand tout affleure
Et se tient immobile,
Que les chemins de sable
Recouvrent
Ceux de neige,
Une main rupestre
Efface les réponses
Pour nous confondre
Tous.
Tout s'ouvre et se relie.
La grande nuit respire.