Cueillir une parole, rouge ou ténue, violente ou fragile, comme on cueille un visage, le soir, au bord de l'amour
Désormais sur la page nous habitons le même mot. Lieu privilégié d'une seule respiration. Le vent des cimes nous écoute et aux confins du langage la chair profonde nous unit. Epelle la tendresse. Je sais que tu as déjà écrit mon visage, déchiffré le ciel...
Au fond des yeux masques de carnaval, prunes vertes, manège enchanté. Dans le noisetier une corneille s'est posée. Au rouet d'âge tendre le chanvre s'est rompu, les lilas vont mourir. La robe rouge, écorchée, ne veut plus gambader. Les gestes, pliés,...
Elle ne sait peut-être plus d'où elle vient, elle ne sait peut-être pas qui l'habite, mais, immobile sur elle-même, elle enferme la nuit, contient le silence. Au plus près de ses murs, elle fait pousser une étoile. Sa demeure abrite le chemin : bêtes...
Si près de dormir, avec, sous la paupière, le ventre gris de l'hirondelle Si près de revenir de l'origine pour réciter des psaumes de rochers Tu regardes ce qui musarde ce qui louvoie Tu ne crois pas tu guettes Tu n'attends pas tu sais Que le jour est...
J'ai tellement pétri de linges sur les rives naissantes de mars, que de sombres corolles ont quitté mes épaules. Grosse de cent printemps oserai-je effacer les charmes et leur cime si près de s'arrondir pour imiter mes seins ? Quand les merles jacassent...
A force de tanguer dans le magma des phrases, la main ne trace plus que des gorges brûlantes. Le vieux pays, pourtant, est assise confortable à ceux tombés en vol. Ses rues circulaires, le bois profond de son haleine retournent au bercail qui est arbre...
Là-bas, il y avait la houle et sa liturgie d'écume. Jamais foulés, les rivages rêvaient de larmes, d'échappées belles. Les branchies tutoyaient les élytres, le rocher disait la hanche, énigme salée. Là-bas, aux confins de la parole, la bouche pleine des...
En avant du jour un jardin s'étire, installe sa fraîcheur. Il est allé loin cette fois, a failli chavirer derrière les carreaux de mon cahier. Conciliabule entre une syllabe et un carré de choux. Efflorescence du A majuscule qui, peu à peu, prend le large....
Vous serez là derrière le mot le plus haut. Les murs, depuis longtemps, seront à terre. Je ne vous aurai pas vu arriver mais l'ondulation sur la page m'aura parlé de vous révélant votre pas avant même que vous ne marchiez. Prodigue, la ferveur avec laquelle...
Installée au zénith, la maison ne se couche jamais. Le tourment des allées l'indiffère. Elle regarde droit devant, lit des histoires, recueille les chats égarés, n'est jamais lasse des herbes qui viennent la visiter. Bien-sûr l'impatience se calme avec...
Déhanchement des terres safranées, moiteur du ciel qui ruisselle de la nuque aux reins, maculant de lumière la calanque de nos corps alanguis. La moire des peaux acquiesce à la nuit volubile, frotte dans les arbres. S'éprennent les buissons de soupirs...
Voici quelques annonces concernant le récital poétique et musical que je présente avec Emeline Chatelin, harpiste, et qui s'intitule : "D'ailes à elles : le voyage" : Jeudi 11 mars à 20h30 au Mas de l'Olivine, Quartier des Jaïsous, 16 Chemin des Lazes,...
Es-tu engourdi toi qui arrives de l'hiver et ne sais divulguer les à-pics de ta force ? L'arôme givré de tes épaules brasille à mes lèvres, raconte l'enclume du gel, l'étreinte vorace du silence. Au carrefour des brumes j'ai retrouvé ton nom qui flottait,...
Epuisée de courir après mon ombre, j'ai choisi de suivre l'hiver et son pas de misère. Affamé, chancelant, il fraie sa route sur nos peaux concassées. Derrière les murs aux cernes violets, quelques visages s'éteignent de n'être que frôlés. Lenteur du...
Comment ne pas plier sous le poids du ciel ? Comment, de l'absence à l'absence, retrouver le chemin de soi ? Avance. Avance jusqu'au bord extrême du mot. Saisie de vertige, éblouie de blancheur, emplis-toi de son souffle. N'erre plus, seule, avec ton...
Dans le galet meurtri de soleil s'impatiente la houle. Flux et reflux de mémoire sillonnent l'instant. Délivrée du fardeau de la connaissance, la vague berce le ciel et la mère blessée lèche ses aisselles salées, s'évade de ses rives confinées. Lentement...
Tu marcheras jusqu'au bout de la page. Entre tes orteils quelques mots oubliés ressurgiront pâles, à peine mouillés. Après avoir franchi des oasis, des oseraies, l'herbe et le sable te donneront le chiffre de l'eau. Calligraphie mouvante aux lettres caduques,...
Tu me vois passer, sous de mystérieuses fenêtres, le front mouillé d'étoiles. Un beau geste de feu enfle et s'épaissit, et la voix est ardente sur la pierre de nuit. Maîtresse des lointains, de leurs parois de verre, je suis antre ligneuse, ventre bombé...
Comment se pencher sur la fragilité de ton eau, sur tes terres à présent déshabillées ? Martèlement de ton sang à mes tempes, crue de tes mots si longtemps retenus. Est nécessaire la patience de l'arbre qui pousse, seul, dans la maison ouverte, accueillant...
Te voici, à nouveau, lissant la joue des prés, un fleuve à la main, de frêles paroles autour du cou. Tu sais lire les vergers, pousser avec les fruits. Entre tes doigts, les pulsations du ciel. Pour pleinement habiter le jour, tu t'écartes des ronces...
À la lisière du silence la maison largue les amarres. Lente, placide, l’allée désagrège ses derniers pas. Visages d’hier, immergés dans les glycines, captifs d’étoiles qui roulent sous le toit, visages d’hier, sans hâte, désempierrent l’attente. Goût...
Une parole, éblouie, dont on ne tombera plus jamais, une parole, drue, chargée de ciel, de ciel et d'émoi. Une parole que l'on brandit, à bout de bras, à bout de forces, pour traverser la nuit. Sais-tu la caresse du poème, le soleil embusqué dans les...
Nous marchions en de vastes forêts. L'air, vibrant et doux, crissait sous nos dents et dans nos bouches gourmandes installait sa demeure. Tapi sous les frondaisons, l'été ronronnait. A sa ceinture, quelques javelles, et un caillou, pour la soif. Sans...
A l'angle de la nuit il est une porte. Nuit déferlante, porte chargée de siècles. La nuit qui nous aimait nous rend les ombres, la semence des mots, l'inaltérable présence. Et la bête s'en va. Où les cris ? Où les fiançailles ? La nuit est à vif, la question...
Il est tôt maintenant, la page n'a pas encore été écrite. Les virgules, la marge dansent dans l'air, bourgeons incandescents. Les mots, insalubres, n'ont pas trouvé le souffle. Y aura-t-il une parole, une seule, capable de trouer la paroi ? Break the...