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Pensées d'auteurs

Sera comblé celui pour qui l'espace ne sera pas dehors. Guillevic

Ton devoir réel est de sauver ton rêve. Amadéo Modigliani

J'en appelle à la beauté qui sera front d'espoir. Abdellatif Laabi

Lorsque je suis le plus profondément moi-même, je rejoins une communauté oubliée. Eugène Ionesco

L'histoire de notre vie fut aussi ce murmure furieux qu'on oublie à la croisée de l'arbre et du fleuve. Luis Mizon

L'innocence est plus forte que le mal. (?)

Je mangerai la terre et les racines, j'avancerai sur le ventre, lombric humain. J'ai une telle faim des éléments du simple. Daniel Biga

On ne naît pas homme, on le devient. Erasme

Pour maintenir à bout de bras cette contrée de nuit où le chemin se perd, à bout de forces, une parole nue. Jacques Dupin

Quel que soit ce que vous devez faire ou rêvez de faire, commencez-le... L'audace contient du génie, du pouvoir et de la magie. Goethe

J'ai voulu sortir pour voir ce qu'étaient devenus l'air et le ciel dès l'instant où un poète avait nommé un autre poète. Boris Pasternak à propos de Marina Tsvetäeva

Images aléatoires

Lundi 29 juin 2009
Tu me vois passer,
sous de mystérieuses fenêtres,
le front mouillé d'étoiles.

Un beau geste de feu
enfle et s'épaissit,
et la voix est ardente
sur la pierre de nuit.

Maîtresse des lointains,
de leurs parois de verre,
je suis antre ligneuse,
ventre bombé
où s'abîme le cri.

Haute flamme rouge
qui sent l'épicéa,
je m'accouple à l'espace
et nos bouches sagaces
déchiffrent le couchant.

J'écarte l'inanimé,
les puits de douleur
où, parfois, s'enterre le jour,
m'agrippe aux francs cordages
de la maison d'été.

Maison moussue
qui marche, pieds nus,
sous des tilleuls trop grands
et s'attarde, ingénue,
entre roselières et buttes de mots.

Maison frottée de soleil
où l'enfance , sans cesse,
commence parmi les dunes,
s'accroît d'insouciance,
s'éclaire à la lampe des fenils.

Tu me vois passer,
de longs siècles ont coulé.

Sous les ronces,
la démesure du sang,
le lait, généreux et tenace.
Par Brigitte Broc
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Jeudi 4 juin 2009

Comment se pencher
sur la fragilité de ton eau,
sur tes terres
à présent déshabillées ?

Martèlement de ton sang
à mes tempes,
crue de tes mots
si longtemps retenus.

Est nécessaire
la patience de l'arbre
qui pousse, seul,
dans la maison ouverte,
accueillant dans ses branches
tous les oiseaux perdus.

 

Tu marches sous d'amples frondaisons,

reliée au coeur des blés verts,

délivrée de l'enracinement.

 

Tu suis la piste de santal

qui mène à la Rencontre.

 

Condamnée, vivante,

à mâcher nuit et jour du silence,

tu avances, désormais,
une parole devant l'autre
et le chemin exulte !

Tes gestes d'été
ont depuis longtemps
rompu le pain amer
sur les autels nocturnes,
proférant sources et sèves solaires.

Souffle imperceptible,
suavité de l'encens,
les pierres, mises à nu,
prennent feu du Mystère.

Par Brigitte Broc
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Jeudi 28 mai 2009

Te voici, à nouveau,
lissant la joue des prés,
un fleuve à la main,
de frêles paroles
autour du cou.

Tu sais lire les vergers,
pousser avec les fruits.

Entre tes doigts,
les pulsations du ciel.

Pour pleinement habiter le jour,
tu t'écartes des ronces
et tes bras sont halliers
qui accueillent la danse des abeilles,
ses blancheurs.

 

Tous tes villages

préservent les voix fragiles,
la fatigue du vent,
les gestes égarés.

Tu te saoûles de mûres,
de syllabes arrachées
aux buissons,
et quand tu es repu,
tu t'assois dans les avoines,
écoutant les pas du ciel
sous la pluie.

Tu te laisses toucher
par toutes ces fraîcheurs,
par ce chemin d'osier
qui bouge sous ta peau.

Et c'est la longue marche
des treilles vers la vigne,
du mauve vers le lilas.

A chaque battement,
le coeur délivre
un plein charroi
de jeunes odeurs,
vertes et vigoureuses.

 

Effusion de gerbes d'eau,

d'iris bleus.

Tu avances,
le ciel sur les talons,
vers ce qui t'appelle,
t'illumine.

Tu avances
vers de plus vastes jours.

Par Brigitte Broc
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Mercredi 13 mai 2009

À la lisière du silence

la maison largue les amarres.

Lente, placide,

l’allée désagrège

ses derniers pas.

 

Visages d’hier,

immergés dans les glycines,

captifs d’étoiles

qui roulent sous le toit,

visages d’hier,

sans hâte,

désempierrent l’attente.

 

Goût de pomme,

odeur vertigineuse

du buis sous la pluie.

 

Les murs s’allègent,

ne se voûtent plus sous la nuit.

 

Dans les pièces

le feu a déposé sa sève,

tiré le grand drap rouge

du secret.

 

Tout est debout,

allègre, inachevé.

 

Le ciel vient battre

sur les tuiles,

il monte, il descend,

et façonne mes rives.

 

Plus tard, je lance des caresses

que l’orage accepte.


Il s’attarde, il se renforce

au plus profond de mon ventre,

déchiffre mes fragments,

et me rend,

douloureuse, solidaire,

à la lame bleue de la terre.

 

Vocation primordiale

du mouvement :

dans le fleuve de si longue mémoire,

s’ouvrent les volets,

appareille le seuil,

et les mots qui se taisaient

réapprennent le voyage.

 

Tout s’impatiente,

s’emporte.

 

Sur la houle empourprée

veillent l’espace

et l’abri solide

de mes mains.

 

Je dessine un bond,

des chapiteaux lointains,

une blancheur,

et dans cette blancheur

habite l’imprévisible.

 

On nage, on s’éprend de solitudes,

l’histoire, sans fin,

rassemble ses coquillages.

 

Parfois, on s’éteint, au loin,

mais un autre regard éclôt

qui déborde et respire.

 

Par Brigitte Broc
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Mardi 5 mai 2009
Une parole, éblouie,
dont on ne tombera
plus jamais,
une parole, drue,
chargée de ciel,
de ciel et d'émoi.

Une parole que l'on brandit,
à bout de bras,
à bout de forces,
pour traverser la nuit.

Sais-tu la caresse du poème,
le soleil embusqué dans les mots,
l'attente de l'autre versant ?

Il aura fallu franchir
les hautes terres du verbe,
être à la fois l'oiseau et son chant,
le jour et la grâce du jour.

Il aura fallu le déploiement du blanc,
l'ondulation de l'encre,
une mémoire ligneuse.

Chaque pierre m'est parole.
Chaque pierre garde trace.

Et toi, de croître dans l'apparente immobilité.

Dans les archives lapidaires
bruissent les veines des mots.

Viens jusqu'au coeur assidu,
viens,
car il faut tout refaire.
Par Brigitte Broc
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